C’est un peu terrifiant mais tampis il faut y aller, on a tous décidé de faire ambulancier pour aider les personnes en difficulté, et je crois qu’aujourd’hui c est à mettre encore plus que les autres jours en application. On y va !

Je m’appelle Jipé, j’ai 37 ans, et je suis ambulancier dans le privé depuis quelques années.

Nous sommes en février, et depuis quelques semaines on commence à parler avec insistance du CORONAVIRUS.

Une sorte de grosse grippe venue de Chine.

Comme beaucoup de français, je vois ça dans un premier temps comme quelques choses de très lointain, “qu’est-ce que les chinois ont encore inventé !”.

Comme une majorité de français, (à moins que ce soit dans les gènes humains), je ne crois pas une seconde que cela va arriver en France.

On pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres, et que nous on passera entres les gouttes.

J’ai souvenir, à cette période avoir vu une vidéo sur Internet, tournée en Chine où on y voyait des personnes habillées comme des cosmonautes, pulvérisant un produit semblable à de la poudre dans les rues chinoises. “Non mais regarde moi ça ! C’est pas un peu trop pour une grosse grippe ? Non mais n’importe quoi ces chinois “

Oui, mais voilà les jours et semaines passant, le nombre de morts ne cesse de croître, et on sent que le ton de notre gouvernement commence à changer. Le vent tourne tout d’un coup et je me rend compte que la Chine n’est pas si loin que ça, que la contagion avance plus vite que nous..

On commence à recevoir des protocoles de prises en charge pour les patients atteints par le COVID 19.

Les précautions à prendre en tant que professionnels sont vraiment lourdes et contraignantes, on commence vraiment à sentir autour de nous le stress et une certaine peur s’installer. Ça va vraiment arriver jusqu’à chez nous ?

Et puis la France prend de plein fouet cette vague dans certaines régions. Les images à la télévision font froid dans le dos, mon optimisme des jours précédent en prend un sacré coup, on fait pas mieux que les autres et c’est notre tour.

Les procédures de prise en charge reçues par mail de l’ARS changent presque tout les jours, les équipements demandés sont de plus en plus lourd.

Je commence à comprendre que l’on va devoir se lancer dans la bataille sans connaître très bien l’ennemi. C’est alors que me revient en tête ces cosmonautes que j’avais vu dans une vidéo sur Internet en Chine désinfectant les rues…j’avais beaucoup ri mais je ne ri plus. On me demande de me préparer à porter les mêmes tenues.

A ce moment, le COVID19 n’est pour moi pas encore réel, tout se que je connais de lui c’est ce que j’entend aux journaux télévisés. Le nombre de décès commence sérieusement à nous faire peur, on a l’impression que cela ne va jamais s’arrêter, on annonce un nouveau chiffre tout les jours de plus en plus effrayant.

Au travail, la peur commence doucement à nous gagner. On a pratiquement tous des enfants en bas âges, et nous avons tous des personnes fragiles autour de nous, et nous ne voulons mettre en danger personne.

Nos habitudes changent progressivement, les premières questions que l’on posent aux patients à domicile sont ” Avez vous de la fièvre ?” ” Est ce que vous toussez ? ” , et tampis si à la base on venaient pour une chute à domicile.

On devient tous un peu parano, dès qu’une personne semble un peu fébrile même si les autres maladies plus “classique ” sont bien toujours là, il faut tenter de démêler la vraie suspicion COVID.

.Et puis un jour le téléphone sonne au travail, le SAMU au bout du fil veut nous missionner pour une intervention urgente. Jusque là, la routine de tous les jours, jusqu’au moment où la régulatrice du SAMU lâche le mot tant redouté, “patient avec suspicion de Covid”. Pendant quelques secondes j’ai réellement peur et je me dis ” ça y est cette fois ci c est pour nous”.

Malgrés tout ce que j’ai vu ou entendu depuis plusieurs semaines, tout ceci n’était qu’abstrait, mais la c’est réel.

Un peu comme la venue d’un enfant pour un homme. On en parle pendant 9 mois sans réellement y croire et un jour BOUM , il faut aller à la maternité…Je n’étais pas prêt.

On raccroche le téléphone, on a accepté la mission et il va falloir y aller. On se regarde tous , mais qui va y aller ?

C’est un peu terrifiant mais tampis il faut y aller, on a tous décidé de faire ambulancier pour aider les personnes en difficultés, et je crois qu’aujourd’hui c est à mettre encore plus que les autres jours en application. On y va !

On doit se rendre au domicile d’un patient en hyperthermie, qui tousse depuis plusieurs jours et pour couronner le tout il est suivi pour différentes maladies chroniques.

Nous ne sommes pas vraiment au point sur l’application des consignes, on comprend vite qu’il est inutile de s’habiller en partant de la base mais qu’il est préférable de le faire devant chez le patient, cela évite d’arriver chez la victime déjà tout transpirant. Comme au moment de faire ton bilan tu te rends compte que ton stylo est dans la poche de ton pantalon…qui lui même est sous ta combinaison…Que tu ne peux pas ouvrir étant donné que tu as mis tes gants et commencer à toucher l’environnement du patient. Bref, on fera mieux avec le temps et plusieurs interventions du même type.

On doit rassurer une grande majorité de nos patients, qui en plus du stress de la maladie et du fait de savoir qu’ils vont être hospitalisés, voient arriver des ambulanciers méconnaissables.

Combinaisons par dessus nos tenues professionnelles, charlottes, gants, lunettes de protection, sur chaussures…Nous sommes à mi-chemin entre le cosmonaute et le Télétubbies. On utilise d’ailleurs notre apparence pour dédramatiser la situation et tenter de rassurer le patient.

Les jours passent et très vite un nouveau problème se pose. Nous sommes équipés de kits d’habillages mais en très faible quantité, impossible pour nous de faire face à cette vague avec notre matériel en l’état. Il faut penser au réapprovisionnement rapidement, oui mais voilà PERSONNE n’est en mesure de nous fournir des tenues, des gants, des masques.

Les pharmacies sont en rupture de stock, le SAMU n’a même pas assez de tenues pour son personnel et l’ARS est passé sur boite vocale…

Nous avons fait un appel sur les réseaux sociaux et dans notre entourage, et en quelques jours nous avons des dons de tenues jetables, charlottes et masques. Assez pour retourner de nouveau au front (on parle de guerre dans les médias à ce moment là ), afin de venir en aide aux personnes qui en ont le plus besoin.

Je n’exerce pas dans une région qui fait partie des plus touchée, malgrés tout nous avons fait face et mis tout en oeuvre pour être à la hauteur de la tâche. Une période de travail qui restera à jamais dans un coin de ma tête, tant elle a chamboulée nos vies professionnelles et personnelles.

En effet même à la maison et pendant plusieurs mois, j’évitais au maximum le contact avec mes enfants, je mangeais loin d’eux et je faisais chambre à part avec ma femme, inutile de prendre des risques pour rien.

Je passerais sur les polémiques de ruptures de matériels, les changements quotidiens de protocoles. Nous avons fait face à quelques choses de nouveaux et nous avons tous dû nous adapter.

Je retiendrais seulement deux choses de cette période. La belle solidarité que les humains sont capables de mettre en place en période de crise, les applaudissements, les pouces levés des passants quand on passe en ambulance, les pains aux chocolats déposés par monsieur X pour nous remonter le moral.

Le COVID 19 nous aura aussi démontré qu’ aussi puissant que l’on se trouve, un “simple” virus , impalpable, invisible ,peut remettre en question la vie sur terre.

Arrêtons l’individualisme, ouvrez les yeux autour de vous, prenez soin des uns et des autres, revenons à l’essentiel et restons attentif la bataille n’est pas finie.

Auteur

Hélène Bonnaud

Catégories : Témoignages

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